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Le soldat devenu roi : Jean-Baptiste Bernadotte (1763-1844)

Jean-Baptiste Jules Bernadotte, né le 26 janvier 1763 à Pau, mort le 8 mars 1844 à Stockholm, eut un destin singulier. Franchissant à marche forcée les échelons de la carrière militaire, il parvient dans l’entourage de Napoléon Bonaparte. Adopté par le roi Charles XIII et la reine Hedwige-Elisabeth-Charlotte, ceux-ci n’ayant pas d’enfant, il devient Charles-Jean le 21 aout 1810. Il accède au trône des royaumes unis de Suède et de Norvège. Ainsi en l’espace de vingt-huit ans, d’un modeste grade de sous-officier français il passe au rôle prestigieux de Roi de Suède et de Norvège.

 

Jean-Baptiste Bernadotte, maréchal de l'Empire (retourné), J. N. Jouy © RMN (Château de Versailles) / Gérard Blot

La Révolution et l’Empire permettent l’irruption de destins individuels spectaculaires comme celui de Jean-Baptiste Bernadotte. Franchissant à marche forcée les échelons de la carrière militaire, il parvient dans l’entourage de l’empereur tout en laissant pressentir, dès le 18 brumaire, une réserve singulière. Malgré ce regard critique sur Napoléon, il est incontestablement un des chefs militaires les plus doués de l’empire. L’aventure suédoise va donner un autre tour à sa vie, le portant peu à peu à servir une nation d’élection, parfois au détriment de la France.

Du Rhin à l’Italie : les débuts de sa carrière militaire

 

Il est fils d’un avocat. Il s’engage comme simple soldat, et n’est encore que sergent-major en 1789. Après s’être distingué aux armées du Rhin et de Sambre-et-Meuse, il est proclamé général de brigade sur le champ de bataille en 1794 par Kléber. Il devient peu de mois après général de division et contribue aux victoires de Fleurus et de Juliers (1794).

Le général Jean-Baptiste Bernadotte (1767-1844), à cheval pendant la première campagne d'Italie, Jacques françois Joseph Schwebach, aquarelle, 19e siècle © RMN / Gérard Blot

Il est chargé en 1797 de conduire en Italie 20 000 hommes de l’armée de Sambre-et-Meuse, et malgré des sentiments mitigés et des rapports difficiles, il seconde Bonaparte de toute son ardeur. En 1798, Bernadotte est envoyé à Vienne, en qualité d’ambassadeur. Il y provoque une émeute pour avoir arboré le drapeau tricolore sur la façade de l’ambassade française. Il quitte alors la capitale autrichienne deux mois seulement après son arrivée.

Nommé ministre de la guerre du 3 juillet au 14 septembre 1799, il cherche à ranimer les armées françaises par des mesures vigoureuses, et réorganise en deux mois (2 juillet-11 septembre 1799) les services qui étaient dans un état déplorable.

Il se prononce contre le coup d’État de Napoléon Bonaparte du 18 brumaire et le refroidissement qui s’opère à cette époque entre les deux généraux s’accroît. Il est cependant épargné par Bonaparte car il a épousé Désirée Clary, sa première fiancée et la belle-sœur de Joseph Bonaparte.

Maréchal d’Empire : les difficiles relations avec Napoléon Ier

 

En 1804, il reçoit de Napoléon le bâton de maréchal, et est envoyé à Hanovre comme gouverneur général. Il forme dans ce pays un corps d’armée, à la tête duquel il exécute plusieurs faits d’armes : ainsi, en 1805, il rétablit dans Munich Maximilien Ier de Bavière, allié de la France, et conquiert le pays de Salzbourg.

En 1806, le 5 juin, le maréchal Bernadotte est créé prince de Pontecorvo. Cette même année, à la journée d’Iéna-Auerstaedt il fait des allers-retours entre les deux champs de bataille proches sans toutefois y participer. Sa conduite est telle que l’Empereur signe l’ordre de le faire traduire devant un conseil de guerre : selon lui il avait manqué de faire perdre la bataille.

Il bat ensuite les Prussiens devant Halle et s’empare de Lübeck, où le carnage est horrible malgré les efforts des généraux pour l’arrêter. Bernadotte aurait eu, en cette occasion, les plus grands égards pour ce qui reste d’habitants à Lübeck et surtout pour les prisonniers suédois. Puis, marchant sur la Pologne, il passe la Vistule, et défait les Russes à Mohrungen puis à Spanden où il est grièvement blessé. Cette blessure l’empêche de prendre part à la bataille de Friedland.

Il est nommé, après sa guérison, gouverneur des villes hanséatiques, qui est l’association des villes marchandes de l’Europe du Nord autour de la mer du Nord et de la mer Baltique. Il est chargé d’opérer contre la Suède mais il suspend les hostilités dès qu’il apprend qu’une révolution a précipité du trône Gustave IV de Suède, seul hostile à la France (13 mars 1808). Cette conduite loyale lui concilie l’estime et l’affection des Suédois, mais elle paraît avoir excité le mécontentement de Napoléon Ier, dont elle contrarie les projets. Il n’en fut pas moins chargé de repousser les Anglais débarqués à Walcheren (juillet 1809). Il accomplit cette difficile mission en 60 jours. Malgré ce nouveau succès, il se voit encore une fois privé de commandement : l’Empereur lui enlève l’armée de l’Escaut dès septembre.

 Prince de Suède : tout pour sa nouvelle patrie

 

Bernadotte (1753-1844), roi de Suède sous le nom de Charles-Jean XIV, atelier du baron Gérard François Pascal Simon, huile sur toile, 1811 © RMN (Château de Versailles) / Gérard Blot

Il est en disgrâce complète lorsqu’un trône lui est offert : il est adopté par le roi Charles XIII et la reine Hedwige-Elisabeth-Charlotte, ceux-ci n’ayant pas d’enfant, et il devient Charles-Jean le 21 aout 1810. Les états généraux d’Orebro élisent le maréchal Bernadotte prince héréditaire de Suède.

Il part avec l’assentiment de Napoléon qui accepte ce choix, espérant tenir ainsi un allié solide au nord de l’Europe. Il consent d’abord à seconder la politique de l’Empereur Napoléon et accède même au blocus continental. Dès 1811, pendant la maladie de son père adoptif, il commence à diriger les affaires du royaume. Loin de se révéler l’allié escompté par l’empereur, le nouveau prince héritier préfère jouer avant tout la carte de son royaume. Voyant l’Empire ébranlé, il favorise, en 1813, l’entrée de la Suède dans la coalition contre la France. En juillet 1813, il se joint à la coalition contre la France, non sans avoir tenté tous les moyens d’éclairer Napoléon sur les dangers de sa situation ; il prend le commandement de l’armée alliée du nord de l’Allemagne.

Nommé généralissime de l’armée du Nord, le prince royal débarque à Stralsund avec 30 000 Suédois, vainc les troupes du maréchal Oudinot à Gross-Beeren et celles du maréchal Ney à Dennevitz, puis a une part décisive à la bataille de Leipzig (1813). Toutefois, il ne pénètre pas à main armée sur le territoire français et s’arrête sur les bords du Rhin. Il tente même, mais inutilement, de déterminer Napoléon à la paix. À peine de retour en Suède, où il est reçu avec enthousiasme, il marche sur la Norvège, dont la possession lui avait été assurée par les alliés, et s’en rend maître en 15 jours (1814).

Le 5 février 1818, l’ex-maréchal Bernadotte devient roi de l’Union des royaumes de Suède et de Norvège sous le nom de Karl XIV Johan (Charles XIV Jean) en Suède et de Karl III Johan en Norvège. Charles-Jean ne s’occupe plus que de faire prospérer ses États; il cimente l’union des Suédois et des Norvégiens, tout en laissant à chacun des deux peuples sa constitution propre. Il développe l’instruction publique, l’agriculture, l’industrie et le commerce. Il réunit, par la construction du canal de Gothie, l’Océan et la Baltique (1822).

À sa mort, en 1844, son fils accède au trône sous le nom d’Oscar Ier. Ses descendants règnent encore sur la Suède, le roi actuel étant Charles XVI Gustave de Suède.

 

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Quelques dates

1780 – Engagé comme simple soldat ;

1794 – Général de brigade, il contribue à la victoire de Fleurus ;

1797 – Il seconde Napoléon Bonaparte pendant la campagne d’Italie ;

1798 – Ambassadeur à Vienne ;

1798 – Mariage avec Désirée Clary ;

1799 – Ministre de la guerre, il refuse de s’associer au 18 brumaire ;

1800 – Il empêche les Anglais de débarquer à Quiberon ;

1804 – Il devient Maréchal de France ;

1806 et 1807 – Victoires contre les Prussiens et les Russes. Il arrête les hostilités avec la Suède dès la déposition de Gustave IV

1810 – Charles XIII de Suède le choisit comme héritier ; il est élu prince royal le 20 août et part pour la Suède avec l’accord de Napoléon ;

1813 – Pour défendre les intérêts suédois, Bernadotte se range dans la coalition contre la France et joue un rôle décisif dans la bataille de Leipzig ;

1814 – Il impose la paix de Kiel au Danemark qui rattache la Norvège à la Suède ;

1818 – Roi de Suède ;

Portrait sur ce thème

 

Désirée Clary (1777-1860), épouse de Bernadotte, reine de Suède, Baron Gérard François Pascal Simon, huile sur toile, 1808 © RMN (Château de Versailles) / Droits réservés
Désirée Clary, Baron Gérard François Pascal Simon, huile sur toile, 1808 © RMN (Château de Versailles) / Droits réservés

Désirée Clary (1777-1860) : née à Marseille en 1777 d’un père marchand de soie, Bernardine Eugénie Désirée Clary est fiancée à Napoléon Bonaparte en avril 1795. Mais suite à sa rencontre avec Joséphine de Beauharnais quelques mois après l’officialisation de leurs fiançailles, Bonaparte renonce à épouser Désirée. Elle épouse en 1798 le général Jean-Baptiste Bernadotte (1763-1844). En 1818, à la mort de Charles XIII de Suède, l’époux de Désirée est couronné roi de Suède et de Norvège. Elle devient alors Desideria reine de Suède et de Norvège, jusqu’à sa mort en 1860 à Stockholm.

 

 

 

 

 

 

 

 

Lieux sur ce thème

Fleurus – La première bataille décisive pour l’ascension de Bernadotte eut lieux entre les coalisés (Royaume-Uni, Autriche, Hanovre) et la France le 26 juin 1794 dans la ville de Fleurus dans les Pays-Bas autrichiens (Belgique actuelle).

Sambre-et-Meuse – Ancien département français dont le chef-lieu était Namur, il fut créé le 1er octobre 1795 lors de la réunion des territoires de l’actuelle Belgique et de la Principauté de Liège à la France. La Sambre et Meuse fut dissoute en 1814.

Hanovre - Il y fut envoyé comme gouverneur général en 1804

Iéna-Auerstaedt – La bataille d’Iéna s’est déroulée le 14 octobre 1806 parallèlement à la bataille d’Auerstaedt et s’est terminée par une victoire totale des Français commandés par Napoléon. Bernadotte alla de l’une à l’autre sans y participer ce qui attisa le courroux de l’Empereur à son égard.

Lübeck – La bataille qui oppose les Français commandés par le maréchal Bernadotte aux Prussiens commandés par le général Blücher à Lübeck les 6 et 7 novembre 1806 aboutit à la prise de la ville après de violents combats de rues par le corps d’armée du maréchal Bernadotte.

Dennevitz – La bataille de Dennewitz eut lieu le 6 septembre 1813 dans le cadre de la guerre de la 6e coalition entre une armée française menée par le maréchal Ney et des troupes prussiennes commandées par le maréchal Friedrich von Bülow. Au cours de la bataille l’armée du nord suédoise commandée par Bernadotte pousse les Français à se reculer jusqu’à l’Elbe. C’est une défaite française.

Leipzig – la bataille de Leipzig (16-19 octobre 1813)1, aussi appelée la Bataille des Nations fut une grande défaite de Napoléon Ier. Bernadotte, devenu Charles-Jean de Suède commandait les troupes suédoises contre les Français.

Canal de Gothie – Ce canal suédois réalisé sous le règne de Charles XIV (Bernadotte) relit la mer du Nord sur la mer Baltique. Le canal est long de 190,5 km, parmi lesquels 87,3 km ont dû être creusés.

 

Documents et objets d’histoire sur ce thème

Objets d’histoire

 

La Table d’Austerlitz, dite des Maréchaux: chef-d’œuvre de la Manufacture de Sèvres commandé par l’Empereur en 1806 afin de commémorer la victoire d’Austerlitz remportée l’année précédente. Le peintre Jean-Baptiste Isabey (1767-1855) a été chargé de peindre sur le plateau l’effigie de Napoléon Ier en costume de sacre ainsi que les portraits en buste de l’état-major de la campagne d’Austerlitz composé de onze maréchaux, chefs de corps, et de deux Grands Officiers de la Maison de l’Empereur. Leur titre nobiliaire est inscrit sous chacun des médaillons.

Elle est actuellement conservée musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau.

 

 

Pictogramme en savoir plus En savoir plus sur le musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau

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Le Sabre de Bernadotte: il porte l’inscription «Prince de Pontecorvo». Il est actuellement conservé au musée de l’Armée

 

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Documents d’histoire

 

Correspondance de Bernadotte, prince royal de Suède, avec Napoléon, depuis 1810 jusqu’en 1814, Charles XIV, L’Huillier, Paris, 1819

 

Histoire de Charles XIV (Jean Bernadotte), roi de Suède et de Norvège, Georges Touchard-Lafosse, Barba, Paris, 1838

 

À lire sur ce thème

Ouvrage collectif, Destins souverains Napoléon 1er, le Tsar et le Roi de Suède, RMN-Grand Palais, Paris, 2011

Ouvrage collectif, Destins souverains « Joséphine, la Suède et la Russie, RMN-Grand Palais, Paris, 2011

Franck Favier, Bernadotte, un maréchal d’Empire sur le trône de Suède, Ellipses, 2010, 408 p.

Jean-Marc Olivier, « Bernadotte revisité ou la complexité d’un long règne (1810-1844) », pp. 127-138, et « Les archives de Bernadotte devenu Charles XIV Jean de Suède-Norvège (1792-1844) », pp. 203-214, Revue d’histoire nordique, n°2, octobre 2006.

Guy Methelié-Guinlet, Bernadotte, roi d’aventures du Béarn à la Suède, Librairie des Pyrénées et de Gascogne, 2000, 127 p.

 

Pour la petite histoire

Il prit pour devise : L’amour de mon peuple est ma récompense (Folkets kärlek min belöning en suédois).

Le film Le Destin fabuleux de Désirée Clary est basé sur la vie de Désirée Clary, femme de Bernadotte. C’est un film français en noir et blanc écrit et réalisé par Sacha Guitry en 1941 et sorti sur les écrans français en 1942. C’est une intrigue amoureuse de Napoléon. Celui-ci abandonne son premier amour Désirée Clary, pour épouser Joséphine de Beauharnais. Désirée, humiliée, décide de se venger.

 

 

Page créée le 21/11/11. Dernière mise à jour le 13/04/2012.

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Les commentaires (3)

  • Iéna
    Le 9 février 2012 à 15h21
    Bonjour!, J'ai pris connaissance avec ce nouveau site. Rubrique "Bernadotte" : A) En 1806...cette même année à la journée d'Iéna-Auerstaedt, le texte est à revoir et pour cause : en regard de la bibliographie sommaire citée, et à laquelle vous vous référez, je vous conseille la lecture de : - "Bernadotte Maréchal de France" pa le Docteur T.T. Höjer Plon 1943 (p 272 à 284), - "Bernadotte" par Sir Dumbar Plunket Barton - Payot 1983, - "Bernadotte, Chef de guerre, Chef d'Etat" par Girod de 'Ain Librairie Académique Perrin 168, - journal de marche de la division Dupont (biographe de) Préis historique des campagnes du 1er Corps - Lieutenant Clonel Titeux officier d'Etat Major - Revue Napoléoienne 1903 - journal de marche et mémoires inédts d Dupont et le Maréchal Bernadotte et la manoeuvre d'Iéna, - carte hors texte du plan de la bataille d'Iéna et d'Aurstaedt de l'ouvrage "Ién" de H. Houssaye Librairie Académique Perrin 1912, - liste nonlimitative et à laquelle il faudra rajouter les travaux de Sarans jeune (1845), le Général Pelet... B) Prince de Suède : sont passés sous silence les événements de la Poméranie Suédoise et ses conséquences (p 269 Bartn), (p 158 Pingault) (395 et suivantes Girod de l'Ain; C) Diaporama : à Désirée Clary lire Ponte -Corvo et non Monte-Corvo Salutations - P.B.J
  • Fatow
    Le 9 novembre 2012 à 13h29
    Ce billet repre9sente vmraient ce que nous avons pu vivre encore cette anne9e. Les constats, les meames visages, les meames questionnements face e0 la place des sans-abris dans notre vie quotidienne. Je tiens par le fait meame e0 remercier Sylvie et Philippe pour leur contribution pendant ce tout inclus . c0 plusieurs moments, j'ai ve9cu des hauts et des bas pendant mes quarts de be9ne9volat et j'en suis sorti grandi et bouleverse9 beaucoup plus que de jeter quelques dollars dans une banque de la guignole9e des me9dias comme cette banque aurait pu eatre pour unicef, oxfam, vision, le cancer, M.
  • codda
    Le 13 décembre 2012 à 14h44
    J'aimerais savoir dans quelle ville Bernadotte fut couronné roi de Suède en 1818 . Merci